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Les promenades de Bergisel

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Articles avec #revue de presse

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Published by bergisel.over-blog.com - - Billets, Revue de presse

Aux ennemis de la liberté qui veulent nous empêcher d’écrire.

 

© Karim Akouche Le Matin Algérie

Il y a des écrivains qui libèrent et ceux qui emprisonnent. Quand j’étouffe, gagné par le chagrin ou le doute, il me suffit de lire quelques feuillets de Don Quichotte, Ainsi parlait Zarathoustra, Cent ans de solitude ou Voyage au bout de la nuit et me voilà soulagé, revivifié, comme ce tournesol oublié par le jour qui reçoit soudainement au crépuscule sa dose de lumière. En revanche, le fait d’ouvrir le livre d’un auteur, dont je sais d’emblée qu’il a un style étriqué, me procurera une sensation de déprime.

L’écriture doit être l’exercice qui libère l’esprit. Elle est le contraire de la contrainte. Si l’écrivain se soumet à celle-ci, il produira des textes ampoulés et boiteux. Le lecteur le sentira dès les premières lignes. Rebuté, il fermera non seulement le livre, mais également son cœur.

L’écrivain qui pratique l’autocensure est un semi-écrivain. Il affectionne les lieux communs. Il prend toutes les précautions pour ne pas blesser ses lecteurs. Il aime les caresser dans le sens du conformisme. Il adapte ses paroles en fonction de son auditoire. Sacrifiant son éthique, il n’hésite pas à fouler aux pieds la plus fondamentale des valeurs : la liberté. Ce faisant, il assassine la vérité. À cet égard, il doit être banni de la «communauté des poètes».

L’écrivain ne doit pas écrire pour plaire. Il ne doit surtout pas avoir peur de déplaire. Il doit jouir totalement de la liberté que lui procurent sa plume, la solitude, la paix des forêts. Il ne doit obéir à personne, sauf à ses mots, à sa musique intérieure, à son intuition, à ses révoltes. Son métier est d’esquisser les contours vagues de l’être. Son rôle est de déchirer le voile du silence. Son art est de composer la complainte de ses longues nuits blanches ou obscures.

L’écrivain est un agitateur des mots. Il est le gardien de la libre parole. Rien ni personne ne peut le faire taire. Il a le droit de secouer les endormis, de heurter les belles âmes, de choquer les bonnes consciences.

Écrire, c’est peindre les yeux fermés. Écrire, c’est tremper son pinceau dans l’encre, dans du café, dans des larmes, dans la boue, dans du foutre, dans du sang. C’est selon l’alchimie du moment. C’est selon le rythme du pouls. Si l’on trouve l’homme beau, qu’on le fasse comme le David de Michel-Ange. Si on le découvre violent, qu’on s’inspire de Caligula et d’Ubu Roi.

L’homme est un caméléon. Il peut être lourd, léger, misérable, lucide, sadique, doux, enfant, fou. Les adjectifs s’opposent et se neutralisent en lui pour enfin démontrer qu’il est d’une insignifiance et d’une légèreté qui frisent la bouffonnerie. L’écriture consiste précisément à capter ces humeurs changeantes, à les fixer sur des toiles complexes, à les faire passer dans des labyrinthes glauques.

L’art naît de l’incessante danse de l’être humain sur ses ruines. Celui-ci rêve d’incarner Dieu, mais finit toujours par habiter le Diable. Étrange dilemme d’un animal qui échappe à la logique. Étrange marche d’un mortel qui se prend pour l’éternité. Étrange machine qui complique les idées et les choses.

La quête de l’écrivain doit être l’art et non la raison. C’est l’esthétique qui précède le discours. C’est le discours qui s’efface devant le flot des images. L’art qui blesse et non la raison qui dicte. L’art qui fascine et non la raison qui calcule. L’art qui taquine et non la raison qui affecte.

Écrire, ce n’est pas convaincre. Écrire, ce n’est pas prêcher. Écrire, c’est dénoncer la tyrannie de la pensée unique. Écrire, c’est tenter de comprendre. Comprendre, c’est chercher des réponses à des questions qui n’en ont pas forcément. Comprendre, c’est essayer de capter la vérité qui fuit. En Haïti, on dit que la vérité est comme la fumée, elle finit toujours par trouver une issue. La vérité de l’écrivain ne doit pas être un slogan que l’on fixe au fronton des Églises et des Cours de justice. La vérité de l’écrivain est une idée inachevée, sans cesse recomposée et sans arrêt remise en cause, comme ce forgeron qui s’obstine à rendre parfait un bijou fétiche, refusant d’admettre que la perfection est mirage.

Écrire, c’est interroger son cœur qui bat. Écrire, c’est se murmurer des mélodies fragiles. Écrire, c’est dessiner les fantômes qui hantent l’enfant que l’on n’a jamais cessé d’être. Écrire, c’est planter un scalpel dans sa chair pour en sentir la douleur. Écrire, c’est coudre ses blessures avec la pointe de son stylo. Écrire, c’est saisir les failles de l’histoire qui triche. Écrire, c’est noyer le mensonge dans le fleuve absurde de la vie. Écrire, c’est insuffler de la chaleur dans le cœur glacé des hommes.

Écrire, c’est répandre la lumière sur les yeux aveugles du monde.

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As-tu existé ? Merci à M. Rosanvallon de donner une réponse

Le Monde 12.02.2015

Le Monde 12.02.2015

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Prépare ta valise. Achète un billet. Change de pays. Cesse d'être schizophrène. Tu ne le regretteras pas.

Ici, tu n'es pas en paix avec ton âme. Tu te racles tout le temps la gorge. L'Occident n'est pas fait pour toi. Ses valeurs t'agressent. Tu ne supportes pas la mixité. Ici, les filles sont libres. Elles ne cachent pas leurs cheveux. Elles portent des jupes. Elles se maquillent dans le métro. Elles courent dans les parcs. Elles boivent du whisky. Ici, on ne coupe pas la main au voleur. On ne lapide pas les femmes adultères. La polygamie est interdite. C'est la justice qui le dit. C'est la démocratie qui le fait. Ce sont les hommes qui votent les lois. L'État est un navire que pilote le peuple. Ce n'est pas Allah qui en tient le gouvernail.

Tu pries beaucoup. Tu tapes trop ta tête contre le tapis. C'est quoi cette tache noire que tu as sur le front ? Tu pousses la piété jusqu'au fanatisme. Des poils ont mangé ton menton. Tu fréquentes souvent la mosquée. Tu lis des livres dangereux. Tu regardes des vidéos suspectes. Il y a trop de violence dans ton regard. Il y a trop d'aigreur dans tes mots. Ton cœur est un caillou. Tu ne sens plus les choses. On t'a lessivé le cerveau. Ton visage est froid. Tes mâchoires sont acérées. Tes bras sont prêts à frapper. Calme-toi. La violence ne résout pas les problèmes.

Je sais d'où tu viens. Tu habites trop dans le passé. Sors et affronte le présent. Accroche-toi à l'avenir. On ne vit qu'une fois. Pourquoi offrir sa jeunesse à la perdition ? Pourquoi cracher sur le visage de la beauté ?

Je sais qui tu es. Tu es l'homme du ressentiment. La vérité est amère. Elle fait souvent gerber les imbéciles. Mais aujourd'hui j'ai envie de te la dire. Quitte à faire saigner tes yeux.

Ouvre grand tes tympans. J'ai des choses à te raconter. Tu n'as rien inventé. Tu n'as rien édifié. Tu n'as rien apporté à la civilisation du monde. On t'a tout donné : lumière, papier, pantalon, avion, auto, ordinateur... C'est pour ça que tu es vexé. La rancœur te ronge les tripes.

Gonfle tes poumons. Respire. La civilisation est une œuvre collective. Il n'y a pas de surhomme ni de sous-homme. Tous égaux devant les mystères de la vie. Tous misérables devant les catastrophes. On ne peut pas habiter la haine longtemps. Elle enfante des cadavres et du sang.

Questionne les morts. Fouille dans les ruines. Décortique les manuscrits. Tu es en retard de plusieurs révolutions. Tu ne cesses d'évoquer l'âge d'or de l'islam. Tu parles du chiffre zéro que tes ancêtres auraient inventé. Tu parles des philosophes grecs qu'ils auraient traduits. Tu parles de l'astronomie et des maths qu'ils auraient révolutionnées. Tant de mythes fondés sur l'approximation. Arrête de berner le monde. Les mille et une nuits est une œuvre persane. L'histoire ne se lit pas avec les bons sentiments. Rends à Mani ce qui appartient à Mani et à Mohammed ce qui découle de Mohammed. Cesse de te glorifier. Cesse de te victimiser. Cesse de réclamer la repentance. Ceux qui ont tué tes grands-parents sont morts depuis bien longtemps. Leurs petits-enfants n'ont rien à voir avec le colonialisme. C'est injuste de leur demander des excuses pour des crimes qu'ils n'ont pas commis.

Tes ancêtres ont aussi conquis des peuples. Ils ont colonisé les Berbères, les Kurdes, les Ouzbeks, les Coptes, les Phéniciens, les Perses... Ils ont décapité des hommes et violé des femmes. C'est avec le sabre et le coran qu'ils ont exterminé des cultures. En Afrique, ils étaient esclavagistes bien avant l'île de Gorée.

Pourquoi fais-tu cette tête ? Je ne fais que dérouler le fil tragique du récit. Tout est authentique. Tu n'as qu'à confronter les sources. La terre est ronde comme une toupie, même s'il y a un hadith où il est écrit qu'elle est plate. Tu aurais dû lire l'histoire de Galilée. Tu as beaucoup à apprendre de sa science. Tu préfères el-Qaradawi. Tu aimes Abul Ala Maududi. Tu écoutes Tarik Ramadan. Change un peu de routine. Il y a des œuvres plus puissantes que les religions.

Essaie Dostoïevski. Ouvre Crime et châtiment. Joue Shakespeare. Ose Nietzche. Quand bien même avait-il annoncé la mort de Dieu, on a le droit de convier Allah au tribunal de la raison. Il jouera dans un vaudeville. Il fera du théâtre avec nous. On lui donnera un rôle à la hauteur de son message. Ses enfants sont fous. Ils commettent des carnages en son nom. On veut l'interroger. Il ne peut pas se dérober. Il doit apaiser ses textes.

Tu trouves que j'exagère ? Mais je suis libre de penser comme tu es libre de prier. J'ai le droit de blasphémer comme tu as le droit de t'agenouiller. Chacun sa Mecque et chacun ses repères. Chacun son dieu et à chaque fidèle ses versets. Les prophètes se fustigent et la vérité n'est pas unique. Qui a raison et qui a tort ? Qui est sot et qui est lucide ? Le soleil est assez haut pour nous éclairer. La démocratie est assez vaste pour contenir nos folies.

On n'est pas en Arabie saoudite ni au Yémen. Ici, la religion d'État, c'est la liberté. On peut dire ce qu'on pense et on peut rire du sacré comme du sacrilège. On doit laisser sa divinité sur le seuil de sa demeure. La croyance, c'est la foi et la foi est une flamme qu'on doit éteindre en public.

Dans ton pays d'origine, les chrétiens et les juifs rasent les cloisons. Les athées y sont chassés. Les apostats y sont massacrés. Lorsque les soldats d'Allah ont tué les journalistes, tes frères ont explosé de joie. Ils ont brûlé des étendards et des bâtiments. Ils ont appelé au djihad. Ils ont promis à l'Occident des représailles. L'un d'eux a même prénommé son nouveau-né Kouachi.

Je ne comprends pas tes frères. Il y a trop de contradictions dans leur tête. Il y a trop de balles dans leurs mitraillettes. Ils regardent La Mecque mais ils rêvent de Hollywood. Ils conduisent des Chrysler. Ils chaussent des Nike. Ils ont des iPhone. Ils bouffent des hamburgers. Ils aiment les marques américaines. Ils combattent «"l'empire", mais ils ont un faible pour ses produits.

Arrête de m'appeler "frère". On n'a ni la même mère ni les mêmes repères. Tu t'es trop éloigné de moi. Tu as pris un chemin tordu. J'en ai assez de tes fourberies. J'ai trop enduré tes sottises. Nos liens se sont brisés. Je ne te fais plus confiance. Tu respires le chaos. Tu es un enfant de la vengeance. Tu es en mission. Tu travailles pour le royaume d'Allah. La vie d'ici-bas ne t'intéresse pas. Tu es quelqu'un d'autre. Tu es un monstre. Je ne te saisis pas. Tu m'échappes. Aujourd'hui tu es intégriste, demain tu seras terroriste. Tu iras grossir les rangs de l'État Islamique.

Un jour, tu tueras des innocents. Un autre, tu seras un martyr. Puis tu seras en enfer. Les vierges ne viendront pas à ton chevet. Tu seras bouffé par les vers. Tu seras dévoré par les flammes. Tu seras noyé dans la rivière de vin qu'on t'a promise. Tu seras torturé par les démons de ta bêtise. Tu seras cendre. Tu seras poussière. Tu seras fiente. Tu seras salive. Tu seras honte. Tu seras chien. Tu seras rien. Tu seras misère.

 © K. A. Le Matin Algérie

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Bienvenue confrères au monde des cancres, des auxiliaires des généraux

© Le Matin 25.01.2015

Le terrorisme est au service de l’islamisme politique, à charge pour ce dernier d’être au service du terrorisme.

Par Mohamed Benchicou

1. HAMADACHE. Comme en 1938, elle n’a rien vu, ou rien voulu voir venir. La France dormait, tranquille, au milieu des tumultes du monde, jusqu’à cet instant tragique où une rafale la jeta hors du lit, à la manière d’un réveil mal réglé qui aurait sonné au milieu de la nuit. Il aura fallu la boucherie de Charlie Hebdo, le traumatisme d’un peuple, l’ébranlement d’un monde incrédule, il aura fallu un cataclysme pour qu’enfin, à Paris comme à Alger, on ouvre les yeux sur l’insoutenable réalité : une armée islamiste réelle mais insaisissable a déclaré la guerre, une longue guerre à tous ceux qui refusent d’être asservis à un régime islamique.

Pour ceux qui chercheraient à savoir ce que signifie "longue guerre" dans l’esprit des stratèges islamistes, Abdelfattah Hamadache, chef du Front de la Sahwa, un intégriste qui sait de quoi il parle et, surtout, de quoi il ne parle pas, fournit des détails : "Notre revendication, c’est d’instaurer l’État islamique en Algérie, même s’il faut pour cela attendre soixante ans." Soixante ans ! La guerre des islamistes peut durer soixante années ou plus s’il le faut, soixante années à semer la terreur, le deuil, la mort, la nuit, soixante années à fabriquer des orphelins, à faire de nos patries des terres tremblantes, des Républiques de cimetières …

Hamadache, que l’on aurait tort de prendre pour un hurluberlu ou un crétin, définit exactement l’imbrication terrorisme-islamisme politique comme fondement de la démarche intégriste. Le terrorisme est au service de l’islamisme politique, à charge pour ce dernier d’être au service du terrorisme. Tel est, depuis le début, depuis toujours, le diabolique organigramme qui ambitionne de mettre le feu dans le pays.

Hamadache s’exprime au nom des groupes armés islamistes qui, en retour, sèment la mort afin de permettre à Hamadache d’accéder au pouvoir. Suivons bien ce que dit le chef de la Sahwa : "Nous appliquons les recommandations de Dieu à la lettre. Appelez ça terrorisme, fanatisme ou intégrisme…". Il faut lui rendre cette justice d’être clair et sans ambages. Mais alors pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps, attendre que le malheur atteigne son apogée, pour que leur voix, la voix des chefs terroristes, parvienne de manière audible à nos oreilles ? La faute à la sottise humaine, à ce ballet des sots et des andouilles qui, en France comme chez nous, en Algérie, ont banalisé l’image du terroriste islamiste, abusant de tournures de style, les salamalecs hypocrites, les pleutreries politiques déguisées en subtilités diplomatiques, déculpabilisant les terroristes et accablant ceux qui les combattaient ou, pire, ceux qui avaient le toupet d’en être les victimes.

La bonne société française et algérienne a horreur des victimes inlassables. Elles sont forcément coupables de quelque chose. Quant au persécuteur, allez savoir, c’est sans doute un militaire algérien déguisé en islamiste… Durant un quart de siècle, l’image de l’islamiste a bénéficié des insoupçonnables bêtises humaines et la France se couchait le soir, rassurée par ses élites qui ont, par toutes sortes d’expédients saugrenus ou honteux, risibles ou révoltants, su faire de l'islamiste qu’il n’est pas et à fermer les yeux devant ce qu’il est vraiment. "Mais non ma chérie, n’aie pas peur, c’est juste le voisin qui porte une barbe"…

Aujourd’hui, la même France s’éveille sur son cauchemar. "Une guerre contre la France ? Mais comment est-ce possible ? "Ainsi, commence le fascisme, répond Françoise Giroud. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit : c’est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et puis un jour on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l’expulser". Dix ans après la mort de Françoise Giroud, un de ses disciples, Jean-François Kahn, interpelle ses confrères français dans le dernier numéro du magazine Marianne (du 16 au 22 janvier 2015) : "Et si on reconnaissait enfin toutes les erreurs que nous payons aujourd’hui". Jean-François Kahn : "Faut-il rappeler cette période terrible où l’Algérie étant en butte aux atrocités commises par ceux dont les auteurs du carnage de Charlie Hebdo sont les héritiers, toute une fraction des médias français se déchaîna non contre les ‘barbares’, mais contre ceux qui tentaient de leur tenir tête ?"

Et : "Souvenons-nous donc : ce n’étaient pas les fanatiques allumés du GIA qui tuaient, massacraient, exterminaient femmes, enfants, vieillards, non, non, c’étaient leurs adversaires… Des témoins de leurs épouvantables agissements, scandalisés par ce déni, envoyaient des délégations à Paris pour dire le vrai. On refusait de les recevoir. Des civils épouvantés dont on avait égorgé les proches, des démocrates, des laïcs, des patriotes, souvent issus de mouvances de gauche, à la suite de tueries, se regroupaient et constituaient des milices d’autodéfense, ce sont eux et non les islamistes qu’une journaliste de Libération fustigeait et désignait comme les fauteurs de guerre. Les tueurs étaient des ‘rebelles’, ce qui est noble, ceux qui appelaient à les combattre étaient des ‘éradicateurs’."

2. LE PEN. Cette journaliste dont parle Jean-François Kahn s’appelle José Garçon, plume vedette du quotidien Libération dans les années 1990, et disait ce qui était bien pour nous, à savoir que nous aurions dû accepter de vivre sous un régime islamique en 1991, puisque, tout bien pesé, nous sommes un peuple à peine sorti de primitivité et, qu’à bien y réfléchir, l’on ne saurait, sans dommages pour nos neurones, passer de la pirogue primitive creusée dans un tronc d’arbre à une moderne péniche au mazout.

Il nous est prescrit un devoir de transition, idée autour de laquelle Lahouari Addi a construit sa thèse de la régression féconde. Libération, Libé pour les branchés, c’est le symbole du verbe impertinent, qui osait dire sur l’Algérie ce que nous, journalistes locaux, émargeant à la sécurité militaire, n’osions écrire. Nous avions fini, du reste, par nous faire une raison : le journalisme n’a pas été inventé pour nous. C’est une activité réservée, tels le golf ou le yachting, aux gens de pedigree, se revendiquant de prestigieuses ascendances, Diderot ou d’Alembert, Hubert Beuve-Mery (1) ou Jean Paul Sartre (2), qui, seuls, savent en respecter les codes, l’esprit, les règles, bref, tout ce qui fait la noblesse du journalisme.

Nous traînions notre statut de canassons perdus dans une épreuve de pur-sang jusqu’à ce lundi 22 avril 2002 et cette manchette qui barrait la première page du quotidien français Libération : un immense "NON" sur une photo de Jean-Marie Le Pen, leader de l’extrême-droite, qui venait d’accéder, la veille, au second tour des élections présidentielles françaises. Et, patatras, voilà le prestige du très distingué journal, symbole de l’impertinence et de l’irrévérence, qui vole en éclats sous l’effet de l’émotion et de l’affolement ! Le procédé m’avait secoué : Libération nous copie ! Oui, le modèle de l’information professionnelle, nous plagie sans vergogne, nous les journaux indigènes abrités derrière de ténébreux généraux, qui n’avons jamais su tenir la distance entre le cœur et le devoir professionnel !

Il nous plagie, nous imite sans talent, nous transcrit, bref nous mime éhontément après nous avoir appris, avec force quolibets, qu’en toutes circonstances, il faut savoir son tact garder et son métier sauvegarder. J’étais triste pour Libération. Pas lui, pas ça ! Que nous autres feuilles de chou algériennes, sans gloire et sans ascendance, sourds aux exigences du journalisme moderne, avons, un certain 26 décembre 1991, succombé à la tentation de crier "NON" au Front islamique du salut (FIS) se justifie par notre statut de roturiers promus journalistes, ignorants de Jules Vallès, de l’art de vivre et de la distance entre le cœur et le devoir professionnel. C’est tellement nouveau, pour nous, tout ça …

Mais le journal de Monsieur Serge July ! Le journal de Madame José Garçon journaliste-vedette de Libération sous l’œil de laquelle nous avons si humblement entrepris de nous soigner, Madame Garçon, aux penchants pédagogiques infinis, à qui on doit la délicatesse de nous avoir régulièrement affublé du bonnet d’âne à chaque fois que nous gagnait la tentation d’être discourtois à l’endroit de Abassi Madani, vainqueur comme Jean-Marie Le Pen au premier tour des législatives !

Nos professeurs de vertu étaient pris en flagrant délit de vices les plus détestables : les nôtres ! Emu, j’ai refermé le journal avec une pensée pour la réputation perdue de nos confrères. Le journalisme professionnel ne se pratique donc qu’en beau temps ! Ou alors quand il fait gris chez les autres. Nous tâcherons de ne pas oublier cette leçon, nous qui nous pensions perdus pour le journalisme.

Bienvenue, confrères, au monde des cancres, des auxiliaires des généraux et de la modestie.

M.B.

A suivre…

(1) Hubert Beuve-Mery est le fondateur du journal Le Monde en 1944.

(2) Jean Paul Sartre, un philosophe français à l’origine du journal Libération.

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Criminaliser le blasphème ?

Le Matin 24.01.2015

Criminaliser le blasphème, est-ce bien raisonnable et moderne Me Aït Larbi ?

 

Que l’on se conforme à la définition du théologien, qui le décrit comme "toute parole de malédiction, reproche ou irrespect prononcé contre Dieu", ou celle du Larousse, qui lui confère un cadre plus large "parole ou discours qui outrage la divinité, la religion ou ce qui est considéré comme respectable ou sacré", le blasphème concerne exclusivement des entités virtuelles auxquelles il est tout autant permis de croire que de ne pas croire.

Il ne devrait de ce fait pas emballer les esprits outre-mesure puisqu’il ne concerne ni les hommes ni les femmes ni les caractères raciaux, encore moins des contours géographiques diffus ou précis. Il touche essentiellement ce Dieu unique, lequel, pour mieux séparer les hommes, décide de leur envoyer trois (les trois derniers) prophètes pour construire des murs infranchissables entre eux. «Trois livres pour un même Dieu, c’est louche !» s’exclamait Kateb Yacine. Malgré l’aspect irrationnel de toutes les croyances, et les preuves que les avancées scientifiques, anthropologiques et ethnologiques nous jettent en permanence à la figure, le vent de crédulité ne cesse de souffler sur les esprits, emportant même les plus éclairés. Pour preuve, cette envolée de Me Mokrane Aït Larbi dans laquelle il affirme en toute solennité :"il faut criminaliser l’atteinte aux religions et aux prophètes" ! ? N’eusse été la stature du personnage, telle affirmation prêterait à rire, ou tout au moins à sourire.

Me Aït-Larbi ne propose pas moins, pour les pays musulmans, que de recourir aux instances internationales pour ce faire !? Si telle requête ne participe pas de l’infantilisation du monde musulman, l’on est en droit de se demander de quoi il en recourt au juste? À moins que, l’âge aidant, la chasse aux «hassanats» soit devenu une priorité pour notre avocat national? Au vu des "3alayhou sallat oua sallam" qui accompagnent son texte (rédigé en arabe afin que lesdites «hassanats» conservent la splendeur de leur caractère…. hallal ( !?)), cela ne serait pas surprenant !

Soyons sérieux Maître ! Le monde musulman fait de la peine, et ce n’est pas en le dorlotant d’avantage pour le cantonner dans une nuit ténébreuse sans fin que l’on peut espérer voir ses peuples se relever et faire face au monde avec implication et responsabilité. Ces folies collectives de gloire à Allah, à l’image de ces prosternations empressées de nos joueurs de foot chaque fois qu’ils marquent un but, sont tout simplement affligeantes! Comme si Allah n’avait rien d’autre à faire que d’aider les croyants à bien jouer à la baballe. Tout cela est ridicule et triste. La religion est entre les mains de vieux séniles dans tous les pays musulmans, et il faut être aveugle pour ne pas voir cette emprise malsaine sur une jeunesse enchaînée et inhibée de toute énergie. Un état d’empathie avancé qui l’empêche de vivre, n’ayant rien appris d’autre de leurs aînés qu’à consacrer toute une vie à réussir son passage à trépas. Et gare à ceux qui ne s’y conforment pas !

Réclamer la criminalisation du blasphème est grotesque et insensé, en plus de représenter un coup de main inespéré pour tous ces fous de Dieu qui ne font que façonner le créateur (à supposer qu’il existe) à leur image, celle d’un fou furieux qui n’aura de repos éternel que quand la planète entière sera soumise à des préceptes incongrus et indignes des millions d’années d’évolution qui ont donné naissance à notre espèce.

Participez à l’éveil de votre peuple maître, au lieu de lui chanter la petite berceuse du vent mecquois !

Le blasphème, surtout quand il fait rire, ne peut être considéré comme crime, à moins de souscrire à l’idée absurde d’une analogie de fond et de forme entre la barbarie et la plaisanterie. Cela est aberrant ! Par ailleurs, s’il est punit de moult châtiments par moult versets du Coran, en appeler à la criminalisation de l’outrage à Dieu, cela suppose-t-il qu’il faille aussi appliquer les mêmes punitions lapidaires que celles prescrites par le Coran ou faut-il les adoucir pour les rendre conforme au monde civilisé? Et ce n’est parce que les américains ont systématisé la torture suite aux attentats du 11 septembre qu’il faut leur emboîter le pas et en appeler à la légalisation de la «fallaka» à l’échelle planétaire ! Les Américains ont ceci de merveilleux, c’est que quels que soient les dépassements et autres agissements que la raison d’Etat impose, ils se remettent toujours en question avec des débats profonds et intelligents pour faire avancer la société. Peut-on en dire autant des pays musulmans? En termes de liberté de conscience, des pas de régression géants et inféconds ont été accomplis dans la totalité du monde arabe depuis Khomeiny. Et ce n’est pas en appelant à criminaliser le blasphème que l’on aidera à la sortie des ténèbres des musulmans afin qu’ils entreprennent enfin la marche qui s’impose pour être en harmonie avec le monde et une planète qu’il est impossible de sauver sans conjuguer tous les efforts. Pour cela, il est temps de compter d’abord sur soi avant de lorgner sur d'éventuelles interventions d'Allah !

Quant aux comparaisons avec la Shoah, celle-ci fut un crime contre l’humanité commis par l’Occident en Occident. Il est naturel que des lois contre l’oubli fassent en sorte que cela ne se reproduise jamais plus. Combien de crimes contre l’humanité sont perpétrés sous nos yeux dans les pays musulmans, à l’image de ceux de la barbarie militaro-islamiste des années 1990 chez nous ? Pour autant, qu’a-t-on fait pour ne pas oublier et éviter que cela ne se reproduise? Rien ! Bien au contraire, on a pardonné aux assassins et interdit toute référence à ces massacres de masse, avec pour résultat le retour en force des hordes islamistes qui s’apprêtent, aidées de leurs amis du pouvoir de Bouteflika, l’islamiste déclaré (faut-il le rappeler ?), à un retour imminent en fanfare.

Balayons d’abord devant nos portes Maître, au lieu de tourner en rond en ignorant le fait que notre plus grand ennemi, ce ver coriace, est dans nos propres fruits! Ce n’est pas en braillant à tout-va, avec ou sans «qssl», contre l’Occident que nous l’en extirperons !

Kacem Madani

 

© Le Matin 24.01.2015

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Vous avez dit enfumage ?

Sous le coup de l'émotion on peut faire dire ce qu'on veut aux Français ! Facile d'être pour quand on n'est plus concerné, à l'époque les mêmes étaient souvent contre pour différentes raisons et certaines pas toujours avouables ! Sous différents prétextes ....

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Il y a quelques années j'avais découvert un auteur algérien, ingénieur de formation, à travers la lecture d'un de ses livres, Le village de l'Allemand. Les événements récents me l'ont remis en mémoire et le hasard faisant très bien les choses, Valeurs Actuelles publie cette semaine un entretien avec le journaliste Frédéric Pons. Je n'ai pas encore lu son dernier ouvrage Gouverner avec Allah. L'intérêt essentiel de cet auteur est que celui-ci fait bien comprendre le processus d'islamisation d'un pays. Je suis désolé de le dire mais on retrouve dans Le Village de l'Allemand des thématiques de Zemmour et de Houellebecq sans pour autant tomber dans leurs outrances, cela va sans dire !

Alors Messieurs les censeurs autoproclamés je vous livre un nouvel objectif, un autre os à ronger après Zemmour, Houellebecq, Tesson, Onfray, sans doute bientôt Régis Debray, il y a Boualem Sansal. Sauf que votre ouverture d'esprit ne vous permet pas de connaître cet auteur ! Il échappe donc à votre soif d'interdire tout ce qui ne trouve pas grâce à votre perception de la liberté d'expression. Tous ceux qui réfléchissent un tant soit peu savent que plus la liberté d'expression est louée plus elle est apppelée à être restreinte et bornée.

Je vous invite simplement à bien lire la réponse que fait Sansal à la question "Quels sont les tabous à lever ?"

 

Autour de Boualem Sansal

Gouverner au nom d'Allah

NRF - Gallimard

Autour de Boualem Sansal

A lire aussi :

Le village de l'Allemand

Valeurs actuelles 15.01.2015

Valeurs actuelles 15.01.2015

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Les promenades de Bergisel

Je vous propose quelques impressions de mes voyages et visites, illustrées par mes photographies. Avec pour toile de fond : l'Histoire.

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